Un œil sur les inégalités

Un œil sur les inégalités

Cette série photographique est née d’une idée simple : mettre des images et des visages sur les inégalités sociales. Elle est le fruit d’un travail collectif au sein du séminaire « Inégalités sociales et parcours de vie » au sein du département de sociologie de l’Université de Montréal, durant le semestre d’automne 2015. Chacun-e d’entre nous a choisi une image qui incarne une dimension des inégalités sociales signifiante à ses yeux, et a écrit un petit texte pour expliquer ce choix. Ensemble, nous avons ainsi voulu éclairer quelques facettes, nécessairement subjectives et partielles, des inégalités.

VFCastagner Giroux Catherine

Vertige face à la dette

Voici la situation financière d’un jeune québécois dans la vingtaine. Il étudie depuis un peu plus d’un an à l’université parce qu’il souhaitait élargir ses horizons culturels et ses perspectives d’emploi. Aucun membre de sa famille n’a mis les pieds dans cette institution, ni même au Cégep, avant lui. Il vit de façon autonome depuis plus de cinq ans et finance ses études des prochaines années avec l’aide de certaines bourses, du programme d’aide financière aux études du Québec et d’une marge de crédit d’une institution bancaire qui lui sourit depuis le départ. Il travaille quelques heures par semaine pour l’argent, mais surtout pour l’expérience. Bien qu’au Québec État, parents et philanthropes mettent l’épaule à la roue pour subvenir aux besoins du système d’éducation, il demeure que pour certains l’investissement personnel est très grand. La dette qu’il a engendrée le suivra pour encore plusieurs années jusqu’à ce que son investissement ait porté ses fruits, si c’est le cas. Cette situation est semblable à celle de plusieurs autres qui vivent dans un contexte libéral et semble porter la responsabilité de leur réussite et les vertiges financiers que cela implique.

VFAlexandra Madoyan Trautmann

Le vrai Ronald McDonald ?

La rue Saint-Denis est encore déserte en ce matin de septembre. Les restaurants ouvrent à peine et les bars devront attendre l’après-midi pour voir leurs premiers clients émerger. Le McDonald est déjà éveillé – et à ses côtés, son voisin de tous les jours, ce sans-abri au nez de clown qui souhaite à chaque passant une bonne journée ! Sur le ton monotone du comique désabusé. Il a des allures de Ronald McDonald : tous les deux un nez rouge, tous les deux les mêmes vêtements jour après jour, tous les deux ce sourire figé qui ne signifie plus rien. La différence ? En 2014, le vrai Ronald McDonald, lui, a amassé plusieurs milliards de dollars.

Alexandra Madoyan Trautmann

VFAlizé Houdelinckx- Photo inégalité

La scène des inégalités, ôde instantanée à la réflexion sociologique

Cette photo représente, par sa capture spontanée, une scène que nous avons tous pu observer un jour. La réflexion sur le lieu m’a amenée à un espace où l’on souhaite aller de façon volontaire mais qui rassemble aussi le plus de différences sociales, à l’effigie du McDonald’s.

Un tel lieu, inscrit dans les normes et les valeurs de tous (et parfois même le quotidien) est en réalité une scène sociale très expressive. Chacun y partage un acte de sa vie aux côtés des acteurs présents. Pourtant les histoires ne sont pas toutes joyeuses, certains rêvent sûrement pouvoir un jour quitter cet interminable acte, entrer sur une nouvelle scène.
Si tout le monde se croise, chacun reste anonyme, oubliant de regarder le spectacle social qui s’y déroule. La proximité n’est pas toujours synonyme d’éveil, tout comme le théâtre ne s’exprime pas toujours par le dialogue. Cette scène des monologues s’expose au grand public ; entre le côté cours et le côté jardin se trouve le côté rue, visible et vulgarisant. On peut ainsi voir, dans cet instantané, la solitude d’un acteur (que j’ai plusieurs fois vu, récitant ce même monologue, à cet endroit précis) face à son public, à ses répliques, face à sa pièce.
On peut alors se demander s’il est encore acteur, s’il peut toujours s’exprimer, donner de soi, s’il a toujours les éléments qui lui permettent de jouer sa vie.

Dans le reflet, on peut voir la programmation du théâtre Saint-Denis. Beaucoup diront que c’est une des plus grandes salles de Montréal, je leur répondrais alors qu’il suffit de tourner le dos pour y voir le plus beau spectacle qui soit : celui de la vie sociale. Il n’est bien sûr pas parfait, mais il nous montre toutes ces facettes, avec dureté et sensibilité. Ce matériel brut nous permet (si nous nous donnons les bons outils) de mieux comprendre le sens de la vie, de mieux se battre pour ce qui nous semble juste, pour pouvoir continuer à participer au théâtre de la vie.

Il y a des faits indéniables, comme celui des inégalités dès la naissance, des difficultés de l’ascension sociale, de la primauté de l’argent et du pouvoir, la question du mérite, de l’estime de soi, de la chance et des opportunités ; mais il y a aussi le combat au quotidien, l’entraide et la solidarité à chaque niveau des possibilités, la gentillesse, la réflexion, l’analyse, la science, la psychologie, et la sociologie. Si on peut se sentir impuissant face à des scènes comme celle présentée, il ne faut pas oublier de penser, de toujours chercher des tentatives de réponses pour comprendre ce qui nous entoure. Ce sont uniquement ces éléments, ces armes de la pensée, qui permettent de nous battre, et qui me donnent chaque jour une raison d’entrer sur la scène.

Alizé Houdelinckx

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Les pieds qui marchent sans destin entre des rues indolentes

Ma réalité, l’itinérance. J’existe, je suis, je veux reprendre le pouvoir sur ma vie.

Fais attention quand tu marches, je suis là autour de toi, tu ne me regardes pas,

la ville en perpétuel mouvement me cache, mais encore… je suis là en cherchant un petit coup de main.

Diana Milena Roa

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Façades mystérieuses. Femmes invisibles.

Tous les jours nous passons devant ces lieux, nous les remarquons à peine. Dans la ville, de tels commerces ouvrent sur les artères commerciales, discrètement, sans vague. Parfois, j’y vois un homme attendre. Il sonne. Puis, c’est comme s’il disparaissait. Un salon de massage? Vraiment? Ne soyons pas naïfs, ces endroits existent depuis trop longtemps pour que nous ne sachions pas. Nous préférons fermer les yeux. La massothérapie ne se vend pas sous de telles façades mystérieuses. Erotisation orientale. Services sexuels patriarcaux. Qui sont derrière ces portes, ces portes où l’on n’ose pas entrer innocemment?
Je pense sexisme, colonialisme, racisme et capitalisme. Je suis en colère.

Chloé Dauphinais

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Le big in Japan. Entre-soi montréalais

Véritable institution montréalaise, le bar Big in Japan est réservé aux initiés. L’entrée, première frontière symbolique, marque la démarcation entre l’effervescence du Boulevard Saint-Laurent et l’intérieur du bar qui se veut tamisé et intimiste.

La porte d’entrée, dissimulée sous les tags ne fait apparaître aucune indication sur la signalisation du bar. Marquage social qui délaisse la publicité pour la qualité de la clientèle, il faut donc avoir connaissance de l’adresse pour pouvoir entrer. A l’intérieur, un couloir sombre nous amène au sein d’un espace feutré, propice aux discussions. Des bouteilles de whisky japonais suspendues au plafond, des bougies ébauchant les contours des tables ; nous voilà plongés au cœur de l’expérience immersive et sensorielle du Big in Japan. Les clients, vêtus de costumes et de robes de soirée échangent des sourires, partagent des anecdotes, rient aux éclats. Le menu propose des boissons à des tarifs onéreux, réservé à une clientèle élitiste.

Le cœur de l’expérience se situe donc ici : cet espace gardé est un authentique entre-soi, délimité spatialement par la porte anonyme, socialement par le vigile qui sélectionne rigoureusement ses clients et de manière tarifaire par les prix proposés. Il tend à maintenir un public uniforme, sélectionné. A l’abri de l’hétérogénéité et de l’agitation de la ville, des individus du même groupe s’observent, se découvrent et échangent dans le même langage.

Mélissa Moriceau

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Decolonizing Street Art

Mural de Mélanie Cervantes, « To come to understand», 2015

Mélanie Cervantes à réalisé ce mural dans le cadre de la deuxième « Convergence anticoloniale d’artistes de rue » sous le thème des Voix Insoumises (« Unceded voices »), une alternative engagée contre la marchandisation et la culture dominante masculine du street art, avec une problématique particulière pour ces femmes qui est d’être issue des communautés autochtones.  Sur un fond de drapeau arc-en-ciel symbolisant la réflexion de la lumière au travers d’une goutte d’eau, ce mural représente la perte des connaissances indigènes (dont la pharmacopée symbolisée par l’agave) suite à la colonisation, à l’assimilation des indigènes et la dévalorisation de leur culture. La femme représente une amie de l’artiste dont seule la grand-mère parle encore sa langue d’origine. L’artiste souhaitait une œuvre positive en insistant sur la transmission par les liens familiaux d’une « sagesse indigène »1.

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Mural de Leanne Charlie, 2015

A partir d’une photo d’une tante de l’artiste vivant dans un village de pêcheur est abordée la question du mode de vie des autochtones. Dans ce mural il est fait écho à la menace que font peser la pollution des pipes line canadiens sur le mode de vie traditionnel des autochtones, un enjeu important de la lutte pour la préservation de leur territoire. L’artiste a représenté une femme sans visage afin que chaque spectateur puisse se représenter en elle et justifie le choix d’une personne issue de sa famille pour illustrer les difficultés auxquelles elle est confrontée en tant que femme indigène, à savoir le fait de grandir dans un centre urbain éloigné de son territoire d’origine, comme immigrée hors de sa communauté, loin de ses coutumes et savoirs. L’artiste dénonce la fragmentation des identités, des familles et des communautés qu’à impliqué le colonialisme ainsi que la difficulté pour elle en tant que femme indigène de se positionner dans la société canadienne.

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Wheatpaste de Mélanie Cervantes

L’occupation urbaine des territoires non cédés est un thème récurrent du street art anticolonial féministe qui illustre l’intersectionnalité et la double logique que fait peser la colonisation sur les femmes qui doivent lutter en tant qu’autochtones et femmes racialisées. Il s’agit d’une reconquête de l’espace urbain vis-à-vis du milieu du street art majoritairement composé d’hommes et dont les valeurs sont associées à la masculinité (« défi, risque [lors de la réalisation], rébellion »2)  et vis-à-vis de la culture coloniale blanche dominante. En effet ce collectif est né en partie en réaction au festival MURAL de Montréal auquel elles n’étaient pas conviées : « aux yeux de ces femmes, l’art de la rue est le moyen d’expression de l’exclu-e [du] discours dominant et qui doit intervenir à même la rue pour se faire voir. »3 Enfin il s’agissait de tisser des liens communautaires au travers de worshops et d’initier le dialogue avec les montréalais.

Sources

– Article collectif féministe Hyènes en jupon : http://hyenesenjupons.com/2014/07/10/fuck-le-street-art-corporatif/

– http://decolonizingstreetart.com/

– pour consulter les interviews des artistes : décolonizing street art sur youtube :https://www.youtube.com/watch?v=AjZwAmei3Lc

– les murals sont visibles rue de Varennes, entre l’avenue Coloniale et la rue de Bullion, Montréal.

Lola Mirousse

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Même âge, réalités contrastantes

La première photographie représente le lieu de résidence de ma grand-mère paternelle, alors que la seconde représente celui de mon grand-père maternel. Ma grand-mère, d’un côté, habite un très grand immeuble pour personnes âgées autonomes, semi-autonomes ou en perte cognitive situé dans une municipalité de 90 000 habitants. Cette résidence privée offre quasiment tous les services imaginables en plus de fournir des aires communes pour les résidents qui souhaiteraient socialiser. Mon grand-père, quant à lui, habite seul dans une maison louée localisée dans un village qui ne comporte pas d’épicerie grande-surface ou de pharmacie. Ayant perdu son permis de conduire il y a quelques années, il dépend de l’assistance de sa famille et des services publics pour effectuer ses courses ou obtenir ce dont il a besoin. Je vois dans cette comparaison une forte inégalité sociale en termes de ressources, bien que cette inégalité soit partiellement choisie du côté de mon grand-père. Les photographies sont, je crois, très parlantes quant à l’environnement social de chacune de ces personnes et font état d’inégalités structurelles en fonction à la fois d’une situation géographique et d’un statut socioéconomique.

Gabrielle Tétrault

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Les inégalités alimentaires et l’accès aux ressources au Québec

Dans le cadre du travail final, nous vous présenterons deux photos mises en parallèle qui symbolisent les inégalités alimentaires et l’accès aux ressources au Québec. La première image prend place dans un supermarché. Elle représente l’abondance alimentaire, la consommation et l’obligation financière. Cette photo vise à introduire notre principal sujet. Notre seconde image est celle du Resto Pop. Le Resto Pop n’est pas en soi une inégalité, mais il témoigne de sa présence. En effet, cet organisme a été mis sur pied dans la ville de Sainte-Thérèse sur la rive-nord de Montréal. Il oeuvre auprès des milieux défavorisés en leur offrant la possibilité de manger des repas complets et équilibrés à petit prix pour ceux qui peuvent se le permettre et gratuitement, pour ceux qui n’ont pas les moyens financiers nécessaires. Des ressources d’aide et d’écoute sont aussi disponibles pour ceux et celles qui sont dans le besoin.

La source consultée 

Créé par FORGET, Marie-Josée, «Resto Pop », Notre mission, 2010. En ligne au <http://www.restopop.org/cmsms/index.php?page=notre-mission>, consulté le 13 décembre 2015.

Isabelle Chiasson Levesque

Absurdes gaspillages

Dans le cadre de la réalisation de ce travail d’analyse photographique, j’ai voulu mettre en avant une problématique qui me tient particulièrement à coeur, et qui est très présente à Montréal. Il s’agit du gaspillage alimentaire, phénomène très présent dans la grande distribution, mais également sur les marchés alimentaires.

Montréal possède de très nombreux marchés alimentaires, ouverts toute l’année, comme celui de Jean Talon par exemple. De même, il existe un nombre d’itinérants relativement important dans la ville, notamment dans le quartier de Berri­UQUAM, situé au coeur de la ville. C’est en me baladant dans le marché de Jean Talon que j’ai pu mesurer l’importance de ce gaspillage.

Le marché est alors jonché de conteneurs poubelle, remplis de fruits et légumes. En y regardant de plus près, ces derniers semblent pourtant plutôt comestibles, et feraient sûrement le bonheur de bien des personnes, dont les milliers d’itinérants présents dans la ville. En parlant avec certains commerçants, j’appris que tous les soirs, aux alentours de 17h, la marchandise “impropre à la consommation” (d’après les dires de ces mêmes commerçants), était jetée.

Ces fruits et légumes ne sont donc pas “impropres à la consommation”, mais plutôt “impropres au commerce”, et c’est bien là toute la différence. Comment se fait-­il alors que les pouvoirs publics n’interviennent pas dans ce gaspillage ? Quel avantage ont­-ils à laisser cela faire ?

Mon idée première était alors de photographier un itinérant, faisant la “manche” pour subvenir à ses besoins, puis, par la suite, un commerçant du marché Jean Talon en train de jeter fruits et légumes impropres au commerce. J’ai finalement renoncé à prendre ces photos. Un mélange d’éthique et de crainte m’ont alors fait renoncer à me cacher pour prendre ces photos. Puis, les prendre à découvert, avec mon simple appareil photo compact, m’aurait placé, selon moi, en position illégitime (je n’ai pas le matériel d’un photographe, je me voyais mal expliquer aux acteurs en questions le but de ce travail).

Je n’ai cependant pas renoncé à cette thématique, et ai donc décidé d’analyser plusieurs photographies prises sur Internet, ainsi que d’autres prises directement sur le marché Jean Talon, en l’absence des acteurs de cette situation.

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Ces trois photos ont été prises au marché Jean Talon, aux alentours de 17h, une fois le marché fermé. La première met en évidence une des allées du marché, vide, sans client. Au premier plan, nous pouvons voir une poubelle, visiblement pleine (des sacs plastiques en dépassent). Au second plan, un camion, qui sert probablement au transport de marchandises alimentaires du marché. Nous pouvons également y voir l’étal d’un commerçant, vide, après la vente des produits de la journée.

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Les deux photos suivantes mettent en évidence cette même poubelle en gros plan. Elles confirment alors bien le fait que cette dernière est pleine de sacs poubelles, remplis de déchets alimentaires.

Mais les marchés ne sont pas les seuls à pratiquer ce gaspillage, loin de la. La grande distribution demeure sûrement aujourd’hui le premier responsable concernant ce phénomène. La photo suivante, sélectionnée sur Internet, illustre cela. On peut alors voir un immense conteneur rempli de marchandise alimentaire industrielle. Au second plan, un homme est accroupi devant ce dernier. Il semble contempler les aliments, comme pour constater l’étendue du gaspillage.

La photo suivante nous présente une personne assise dans la rue, en train de manger un morceau de pizza. Il s’agit vraisemblablement d’un itinérant, puisqu’il est assis sur des cartons. Il semble également affamé puisqu’il mord à pleine dent dans son repas de fortune. Il semble également que la scène se déroule en hiver, puisque l’homme est habillé chaudement.

J’ai tenté de mettre ici en évidence, à travers ces quelques photos, l’irrationalité, et le côté aberrant de ce phénomène qu’est le gaspillage alimentaire, et cela d’autant plus dans une ville comme Montréal, où le nombre d’itinérants est important. En effet, chaque jour, des centaines de tonnes de nourriture sont jetées, alors que beaucoup de personnes sont en situation de sous-­alimentation. Le cas des itinérants est alors flagrant, dans une ville comme Montréal, où il existe pourtant de très nombreux marchés alimentaires, pouvant être une solution à ce problème. Selon moi, l’une des inégalités sociales les plus frappantes aujourd’hui dans les grandes villes occidentales, c’est cet accès différencié aux biens de subsistance.

Nos sociétés occidentales ont, pour la plupart, réussi à dépasser la question de survie concernant la majorité de leur population. Or, une minorité de personnes demeurent encore aujourd’hui en situation précaire concernant l’accès au logement et à la nourriture.

Nos sociétés ont aujourd’hui la prétention de se déclarer comme étant “développées”. Or, le fait qu’il existe encore de telles inégalités sociales semblent contradictoire avec une société avancée. Il s’agit en effet des inégalités sociales les plus primaires : l’accès à la nourriture et aux biens de subsistance. Comment alors expliquer que nos gouvernements ne s’intéressent pas directement à cette question sociale centrale ? Pourquoi laisser cela à des associations, et donc au simple stade de l’entraide et de la charité ? Pourquoi ne pas s’intéresser à cette question de manière pragmatique, comme pourrait le faire un ministère ? Qu’est-­ce qui empêche aujourd’hui un Etat de mettre en place une politique concrète de réduction du gaspillage alimentaire, avec en ligne de mire, une redistribution de ces aliments pour sa population dans le besoin ? Peut-­être que derrière cela, il n’y aurait pas de contrepartie rentable sur le plan économique, et ainsi nos gouvernements préfèrent se désintéresser de cette question sociale, pourtant fondamentale pour l’équilibre et la cohésion de nos sociétés.

Franck Zunino

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Les inégalités alimentaires et l’accès aux ressources au Québec

Dans le cadre du travail final, nous vous présenterons deux photos mises en parallèle qui symbolisent les inégalités alimentaires et l’accès aux ressources au Québec. La première image prend place dans un supermarché. Elle représente l’abondance alimentaire, la consommation et l’obligation financière. Cette photo vise à introduire notre principal sujet. Notre seconde image est celle du Resto Pop. Le Resto Pop n’est pas en soi une inégalité, mais il témoigne de sa présence. En effet, cet organisme a été mis sur pied dans la ville de Sainte-Thérèse sur la rive-nord de Montréal. Il oeuvre auprès des milieux défavorisés en leur offrant la possibilité de manger des repas complets et équilibrés à petit prix pour ceux qui peuvent se le permettre et gratuitement, pour ceux qui n’ont pas les moyens financiers nécessaires. Des ressources d’aide et d’écoute sont aussi disponibles pour ceux et celles qui sont dans le besoin.

La source consultée 

Créé par FORGET, Marie-Josée, «Resto Pop », Notre mission, 2010. En ligne au <http://www.restopop.org/cmsms/index.php?page=notre-mission>, consulté le 13 décembre 2015.

Isabelle Chiasson Levesque

VFClaudia Robitaille

Un buffet pour les pigeons

À Central Park, New York, les pigeons mangent mieux que les sans-abris ! Que nous arrivent-ils en tant que société, mais à bien plus petite échelle en tant qu’être humain de se désolidariser ainsi des hommes et des femmes dans la misère ? Lors de notre séjour à New York, en avril dernier, incomptables furent les sans-abris croisés dans la rue, réclamant quelques ressources indispensables dans l’indifférence générale des passants.

En poursuivant notre chemin, ahuris, nous sommes tombés sur un amas de produits de boulangerie, laissé là pour les oiseaux et autres écureuils. Animaux sauvages qui, eux, ont toujours les moyens de se nourrir et de se loger à la mesure de leurs besoins et ce, gratuitement à même le « Poumon Vert de New York » ! Étrangement, c’est vers ceux-ci que sont dirigé la grande générosité et l’incommensurable empathie des êtres humains qui croisent leur route…

VFMarie perle

Les paniers de Noël pour combler les ventres vides

Parce qu’en voulant atténuer certaines inégalités, comme les inégalités socioéconomiques et alimentaires, c’est aussi admettre la présence de celles-ci. En donnant, on met de l’avant le fait que certaines personnes ont suffisamment de moyens financiers pour manger et même qu’ils ont suffisamment d’argent pour acheter de la nourriture et en donner à quelqu’un qui n’a pas cette possibilité. La campagne des paniers de Noël met donc de l’avant des inégalités socio-économiques.

Marie-Perle Laurence

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Le poids médiatique de la pauvreté : un phénomène saisonnier

La photographie illustre l’écran de ma télévision, au moment où passait un message commercial annonçant la grande guignolée des médias, à TVA; en bas de l’écran, se lit le message suivant : JUSQU’AU 24 DÉCEMBRE, DONNEZ GÉNÉREUSEMENT. Comme si la pauvreté disparaissait à partir du 25 décembre… ce qui est sûr, c’est que la couverture médiatique à ce sujet cesse après le temps des fêtes. Dans l’édition du Devoir du 28 novembre 2011, Stéphane Baillargeon rapportait que la firme de courtage en information Influence Communication calcule que la pauvreté a dix-huit fois moins de poids médiatique que les recettes et la cuisine. Sauf dans le temps des fêtes, où l’on cherche à se donner bonne conscience…

Robert Leblanc

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L’écran des inégalités

Dans ma chambre d’hôtel à Prague, invitée pour une conférence, tous frais payés. Sur mon écran, un enfant qui fuit la guerre, au cœur de la crise des réfugiés syriens. Le choc des contrastes. Au fond, avec nous ou malgré nous, nous sommes à la fois les acteurs, les objets… mais aussi parfois, les simples spectateurs des inégalités. Nous en ressentons certaines dans notre chair et dans notre vie, mais nous en contemplons d’autres sur écran. Un écran de fumée, noyé dans les bruits de l’actualité, perdu dans le lointain d’un monde globalisé. Ou un écran-relais, quand ce spectacle déclenche une émotion, une réflexion, une action.

Cécile Van de Velde

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Win a trip to Fiji

Ma réflexion porte sur le logo « Win a trip to FiJi » qu’on voit sur cette banane. Quand on pense aux mauvaises conditions de travail, toute la chaine de production qu’il y a derrière en passant par le travail des enfants et l’exploitation des travailleurs, j’ose croire que ce « Win a trip to Fiji » n’est qu’une invitation  d’aller voir toutes  les inégalités que la production de bananes entraine avec elle.

Ricardo Belfort

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The American Dream

Despite hostility from some Bostonians and signs of NO IRISH NEED APPLY, the Famine Irish eventually transformed themselves from impoverished refugees to hard-working successful Americans. The leadership of Boston Irish like John Boyle O’Reilly, Patrick Collins and Richard Cardinal Cushing culminated in a descendent of the famine generation, John F. Kennedy, becoming the nation’s first Irish Catholic President in 1960. Today 44 million Americans claim Irish ancestry, leading the nation in Medal of Honor winners, and excelling in literature, sports, business, medicine and entertainment.

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Lors d’un voyage récent dans la ville de Boston, en sillonnant les rues de cette ville, je suis tombée sur ce monument commémorant la grande famine Irlandaise ayant eu lieu entre 1845 et 1852. Il est constitué de deux grandes statues de bronze représentant deux familles. Une première famille que l’on pourrait qualifier d’aisée et une seconde implorant et mourant de faim.

L’arrivée d’un parasite baissa la production de pommes de terre de plus de 40% en 1845 ce qui provoqua une famine de grande ampleur. Contrairement aux famines précédentes, les frontières restèrent ouvertes et les landlords (protestants et Britanniques) continuèrent d’exporter leurs denrées alors que dans le pays de nombreuses personnes mourraient de faim. Le nombre de décès serait estimé à 1 million ; à ce nombre, il faut ajouter près de 2 millions de réfugiés et d’émigrants (notamment vers les Etats-Unis). La majorités de ces émigrants étaient issus des classes sociales les plus pauvres et il y avait également beaucoup de femmes.

Huit plaques se trouvent autour du monument dont une faisant mention au rêve américain. L’arrivée des Irlandais dans le nouveau monde fut plutôt hostile, leur présence n’était pas souhaitée. Ils ont néanmoins réussi à effectuer une ascension sociale jusqu’à acquérir de hauts postes dans la société. L’un des descendants Irlandais ayant connu la famine devint le premier Président catholique des Etats-Unis, John F. Kennedy. Cependant, comme nous avons pu le voir au travers des écrits de Putman, Silva et Anderson, il semblerait que ce rêve américain soit en crise. De plus, dans l’ouvrage « les oubliés du rêve américain » de Nicolas Duvous, Boston est considérée comme la ville faisant le plus ressortir les inégalités sociales entre richesse, pauvreté et ségrégation raciale. Cependant une dernière plaque mentionne le fait que les famines et autres inégalités subsistent toujours dans le monde ; ce monument existe pour rappeler constamment les erreurs du passé, afin d’en tirer des leçons.

Marie-Hélène Tissarchoutou

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Rocinho, une des favelas les plus dangereuses de Rio de Janeiro

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Le Fifa fan fest au bord de la plage à Rio de Janeiro (pas loin de Rocinho)

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Mon hôte et guide touristique improvisé, trouvé via Couchsurfing, et une dame habitant tout près de Lapa à Rio de Janeiro. Léandro (droit) m’a fait découvrir un Brésil authentique malgré « l’invasion » de touristes.

J’ai choisi ces 3 photos prises lors de mon voyage au Brésil en 2014. Pendant trois mois, j’ai enseigné l’anglais dans une ville au Sud (à Foz do Iguaçu) et vers la fin de mon séjour, j’ai passé quelques jours à Rio de Janeiro, en pleine coupe du monde. Ayant connu plusieurs Brésiliens, je connaissais toute la polémique autour des moyens entrepris pour accommoder la FIFA. D’ailleurs, le mouvement não vai ter copa (il n’y aura pas de coupe [du monde]) s’est empressé de dénoncer la dépossession territoriale des communautés plus démunies face à la gestion urbaine lors de cet évènement et de critiquer l’endettement national au profit de la FIFA et aux dépens de l’éducation et de la santé au Brésil. Ceci ne fait pas qu’amplifier les inégalités internes (photo 1 vs photo 2), mais illustre aussi un rapport de pouvoir entre les pays ; le flux touristique des pays occidentaux vers les pays émergents, tel le Brésil, témoignent des réalités bien différentes et inégalitaires au niveau international. Effectivement, avec mon passeport canadien, ma monnaie plus ou moins forte et mes conditions de travail flexibles, j’ai plus de facilité et de liberté pour voyager à travers le monde que mes amis brésiliens (même si c’est de plus en plus facile pour eux). J’essaie donc de faire les meilleurs choix et de pratiquer un tourisme respectueux envers la culture locale et les habitants (photo 3).

Fabiana Diaz

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Dénouer les inégalités

Choisir une image où les inégalités sociales ne sautent pas aux yeux nécessite quelques explications. En pensant aux inégalités, initialement, un fromage que je mangeais dans mon enfance m’est venu à l’esprit. Ce fromage du Mashreq/Proche-Orient, qu’on appelle « jibneh mshallaleh » 1, est composé de centaines de « ficelles » tressées et entrelacées. Lorsqu’on scinde ce fromage – plutôt rare, que je n’ai pas pu me procurer – d’après une certaine angulation, la surface coupée semble lisse, plate et plane : on ne pourrait pas se douter que le fromage soit composé de centaines de ficelles. Ces tresses sont si nombreuses, si interreliées, et si serrées qu’elles semblent former un seul bloc fromageux monologique.

La pelote de laine que j’ai photographiée semble également composée de centaines de ficelles, de différentes longueurs et couleurs. Tout comme les inégalités sociales, et les facteurs ou structures de pouvoir et d’oppression, les fils s’emmêlent et s’entrecroisent et, à certains endroits, sont difficilement cernables 2.

Comme dans le cas du fromage que l’on coupe d’un seul angle, on pourrait croire que la pelote constitue un tout unitaire. Similairement, si on choisit d’aborder ou d’examiner les inégalités sociales que d’un seul angle, on risque de créer des zones d’ombres sur des inégalités dissimulées. Plutôt, examiner la manière dont les fils s’entrecroisent et s’entremêlent pour former des unités m’apparait un exercice plus complet et productif.

Or, peut-être que la pelote de laine, ainsi que le fromage de mon enfance – et même le concept d’intersectionnalité, ne peuvent réellement capturer les inégalités sociales et les facteurs d’oppression, car ils ne sont pas si facilement divisibles, séparables, sécables. La théoricienne queer Jabsir K. Puar, sans le délaisser complètement, critique le modèle intersectionnel et surtout ses applications actuelles. Elle écrit :

As opposed to an intersectional model of identity, which presumes components—race, class, gender, sexuality, nation, age, religion— are separable analytics and can be thus disassembled, an assemblage is more attuned to interwoven forces that merge and dissipate time, space, and body against linearity, coherency, and permanency. Intersectionality demands the knowing, naming, and thus stabilizing of identity across space and time, generating narratives of progress that deny the fictive and performative aspects of identification (…). Furthermore, the study of intersectional identities often involves taking imbricated identities apart one by one to see how they influence each other, a process that betrays the founding impulse of intersectionality, that identities cannot so easily be cleaved. (Puar, 2007, p. 212)

Ainsi, peut-être que les fils de différentes couleurs de ma pelote de laine illustrent des entités trop distinctes qui caricaturent les différentes facettes ou structures de pouvoir (race, classe, genre, etc.). Peut-être qu’une pelote de laine ne peut vraiment imager les inégalités sociales, car défaire la pelote et analyser chaque fil et la relation entre chaque ne rend pas compte de la complexité, l’instabilité et l’insécabilité des identités.

Plutôt qu’une injonction à appliquer un cadre analytique intersectionnel, ou à l’abroger et le bonifier comme le propose Puar en y ajoutant l’idée d’assemblage/d’agencement, ma photographie est un (r)appel à tenter de comprendre comment les intersections des ficelles de fromage ou les fils de laine forment des touts. Si l’expérience humaine ne peut se résumer à la simple addition des identités, on aura pris le risque d’explorer la multitude et la multiplicité.

1 Ce fromage est directement lié à mes souvenirs d’enfance. Or, en faisant des recherches, j’ai découvert qu’il tirerait peut-être ses origines de la Syrie – impossible de ne pas penser à l’actuelle guerre civile et ses effets dévastateurs.
2 Je fais ici bien sûr référence au concept analytique de l’intersectionnalité (Crenshaw, 1991).

Références
Crenshaw, K. (1991). « Mapping the margins: Intersectionality, Identity Politics, and

Violence against Women of Color ». Stanford Law Review, 43(6), p. 1241-1299.

Puar, Jasbir K. (2007). Terrorist Assemblages : Homonationalism in Queer Times. Durham et Londres: Duke University Press.

Gabriel Salamé

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« Réservé aux femmes »

En plein milieu du mois d’août c’est la saison caniculaire au Japon. À Osaka, deuxième grand centre du pays, le soleil tape; déplacement et chaleur obligent nous entrons dans le métro. C’est là que j’y observe pour la première fois les wagons de train « réservés aux femmes » durant les heures de pointe; il est 19 heures et le wagon est féminin. Bien que j’aie déjà entendu parler de telles installations, les voir en application a quand même été un peu déconcertant. Dans certaines sociétés on peut observer la création d’un entre soi dans ce qui a trait au partage de l’espace public ou privé. La mise en place de safe space dans le quotidien est-elle la meilleure réponse lorsque nous sommes confrontés à de hauts taux de harcèlement sexuel dans les transports en commun surpeuplé. En fait, le transport en commun est genré dans plusieurs grandes villes japonaises et dans d’autres pays, or cette initiative n’est évidemment pas la réponse de toutes les sociétés qui font face à ce problème. Lorsque de telles mesures sont adoptées dans un cadre sociétal, quel est la possibilité de retour en arrière et quel type de message la création de wagons pour femme envoi-t-il en amont de la culture du viol? Cela limiterait-il les pas dans la direction inverse? D’un autre côté, il nous est important de d’étaler les initiatives que l’on peut pendre dans l’immédiat pour contrer ce problème.

Falina Esther Polynice

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VFElise Gervais

Ventre rond, ventre plat

J’ai choisi ces photographies afin de montrer d’un côté la plénitude entourant la grossesse et de l’autre, le vide accompagnant le désir de conception et le dénouement continuellement négatif rappelant que notre corps ne peut porter la vie.

Le gouvernement québécois permettait aux familles souffrant d’infertilité, depuis cinq ans seulement, d’entreprendre des démarches de « procréation médicalement assistée (PMA) ».

Maintenant que ce service, à la suite de l’adoption de la Loi qui favorise l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée, n’est plus offert que sous restrictions permettant de plus haut taux de succès, bon nombre de femmes se retrouvent seules à affronter cette pénible situation avec peu ou pas d’appui de l’État. Au-delà du malaise financier, moral, psychologique et social que l’infertilité peut apporter, cette coupure gouvernementale renforcit grandement l’inégalité d’accès à la maternité. Les conditions sociales en matière de genres sont rarement égalitaires, mais cette attaque en est une bien particulière alors qu’elle dévalorise les femmes dans ce qu’elles pourraient avoir de plus chère.

La maternité devrait être une question de choix et non pas une limite émise par le gouvernement en place. Le corps féminin est conçu entre autre chose pour donner la vie, mais parfois il arrive que la nature ait besoin d’un coup de pouce. Dans ce cas il devrait y avoir une mise en place de soutien collectif et non pas une Loi et un jugement de la part des citoyens qui ne pourraient comprendre alors qu’ils ne le vivent pas eux-mêmes. Les blogs, groupes de discussion et discours de femmes infertiles peuvent nous sensibiliser à leur détresse alors qu’elles se sentent en colère, triste, inutile, en deuil. Plus particulièrement, elles se sentent abandonné et trahies. La parentalité est avant tout un droit et non pas un privilège, aussi bien la traiter comme tel et ainsi ré-inclure tous les citoyens le désirant dans le programme de « procréation médicalement assistée ».

Elise Gervais

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Comments

  1. […] Travail photographique collectif sur la question des inégalités sociales, publié sur le blogue Inegalitessociales.com, et visible ici. […]

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