Axe « Inégalités et émotions sociales »

AXE1Un premier axe de recherche explore les liens actuels entre l’expérience des inégalités et l’essor de certaines émotions sociales et sentiments politiques (tels que la colère, la peur, la frustration, l’anxiété, la défiance etc). En analysant les racines de ces émotions sociales et politiques au sein même des parcours de vie, la Chaire se saisit ainsi d’un maillon central pour mieux comprendre l’évolution actuelle des modes d’adhésion politique (discours anti-système, abstention, polarisations des votes, sensibilités populistes, etc).

Les émotions sociales peuvent être définies comme des émotions, individuelles ou collectives, inscrites dans des rapports sociaux : elles sont à cet égard non pas dirigées contre autrui, mais contre un groupe social ou une société, voire un « système ». Or, portées contre des institutions ou des entités parfois abstraites, ces émotions sont difficilement saisissables, alors même qu’elles peuvent avoir aujourd’hui des effets sociaux et politiques majeurs. La perspective des parcours de vie est ici mobilisée pour mieux identifier les racines de ces émotions au sein même des trajectoires de vie, leurs modes de régulation individuels et collectifs, et leurs multiples conséquences sur le rapport au collectif.

AXE1-1La Chaire se penche actuellement particulièrement sur la colère comme émotion sociale et expérience citoyenne. En s’appuyant sur une recherche comparative internationale (Montréal, Paris, Madrid, Santiago du Chili, Hong-Kong), nous étudions les différentes formes de colères sociales et citoyennes portées par les jeunes générations de part et d’autre de la planète, en fonction de deux axes principaux :

  • Les colères les plus ‘visibles’ et collectives : les protestations sociales qui ont touché ces 5 villes, des Indignés à Nuit Debout, en s’appuyant notamment sur une analyse lexicale et comparée des « mots de la colère » (les slogans, écrits et pancartes recueillis directement dans chacune des protestations) pour comprendre ce qu’elles partagent au-delà des frontières, tout comme ce qui les différencie ;
  • Les colères moins visibles et plus individualisées : les sentiments de « colère » sociale et politique, qui peuvent éclore au sein même des parcours de vie -y compris chez ceux qui ne protestent pas-, et se prolonger dans un discours « anti-système ». A partir d’entretiens comparés conduits sur chacun des sites et au sein de milieux sociaux contrastés, nous nous attachons à reconstituer toute la trajectoire sociale de ces émotions, et à identifier les modes de passage entre régimes d’inégalités, sentiment d’injustice, et colère sociale.

Cette recherche est en cours de finalisation, sous la forme de rédaction d’articles et d’un ouvrage à venir. Plusieurs membres de la Chaire y participent, en particulier Cécile Van de Velde, Quentin Guatieri, et Diana Milena Roa. En sus de la Chaire, cette recherche a été soutenue par l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris). Elle se prolonge actuellement par l’élaboration d’un nouveau projet de recherche comparatif intitulé « Colères sociales et risques populistes ».

AXE1-2En partenariat avec le CREMIS et le Regroupement des Auberges du Cœur du Québec, la Chaire s’investit actuellement dans une recherche collective qui a pour objectif de mieux identifier les liens entre souffrances sociales, santé mentale et accompagnement médicalisé des jeunes au Québec. Elle est conduite avec Jean-Baptiste Leclerc et Nadia Giguère, chercheurs au CREMIS, ainsi qu’avec Tristan Ouimet-Savard et Rémi Fraser du Regroupement des Auberges du Coeur. Trois membres de la Chaire y participent directement : Cécile Van de Velde, Emilie Proteau-Dupont et Donrock Pierre Alexis. Cette recherche repose sur un dispositif d’enquête auprès des jeunes résidents et intervenants de deux Auberges du Cœur, pour répondre à trois objectifs interdépendants :

  • Reconstituer les trajectoires d’expériences en santé mentale des jeunes résidants, permettant d’inscrire la survenue et l’expérience même de problématiques de santé mentale au sein d’épreuves sociales et familiales et de saisir les  différentes émotions sociales liées à ces expériences ;
  • Analyser les trajectoires de services en cas de diagnostic de santé mentale, et l’articulation des modes de prises en charge des problèmes de santé mentale, analysés ici sous l’angle de l’État social et de ses différents registres d’intervention ;
  • Mettre en lumière les trajectoires de mobilisation potentielle, en analysant les conditions et les modalités de passage entre des expériences individuelles et une mobilisation collective.

Cette recherche est également soutenue par le CREMIS et les Auberges du Cœur. Elle va faire prochainement l’objet d’une demande de subvention d’engagement partenarial auprès du CRSH.

TD

Quentin Guatieri
Il poursuit sa thèse de doctorat (en co-direction avec Nicolas Duvoux, Paris8) sur le thème « Mérits, échecs et réussites. Analyse comparée des discours de justification des inégalités chez les jeunes peu diplômés (Détroit, Montréal, Naples, Marseille) »

Oumalker Kalif
Elle prépare actuellement un mémoire de maîtrise intitulé : « Histoires de vie et expériences de discriminations de femmes noires et musulmanes à Montréal ».

Olivier Lavoie-Ricard
Il  conduit une recherche de maîtrise (en co-direction avec Stéphane Moulin) sur les revendications collectives et individuelles des artistes musiciens du Québec.