Des vieilles tanneries aux petits cafés branchés : Le quartier Saint-Henri au fil des âges

Des vieilles tanneries aux petits cafés branchés : Le quartier Saint-Henri au fil des âges
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Cet article est une version aménagée de l’article paru initialement dans la Revue du CREMIS  :

Lavoie Rivard Olivier, Pierre Alexis Donrock, Gagné Véronique, Van de Velde Cécile, « Désindustrialisation et gentrification à Saint-Henri : des tanneries aux cafés branchés », Revue du Cremis, Automne 2018, p.4-9.

Le quartier de Saint-Henri tient une place bien particulière au sein de l’imaginaire des Montréalais : quartier du « bonheur d’occasion » de Gabrielle Roy[1] et du documentaire « Saint-Henri, le 5 septembre » de Hubert Aquin[2], cet ancien quartier industriel du sud-Ouest de la ville évoque encore la nostalgie d’un Montréal populaire et ouvrier. Et pourtant, pour qui s’y promène aujourd’hui, la métamorphose est frappante. Ce quartier des vieilles tanneries est devenu un haut-lieu de cafés, brasseries et restaurants huppés. Saint-Henri, hier quartier  « populaire », est devenu un quartier « branché ». Cette métamorphose va de pair avec l’arrivée de nouveaux habitants issus des classes moyennes et aisées, qui cohabitent désormais avec les résidents de longue date. De ce fait, au-delà de sa métamorphose visuelle, le quartier devient aussi un creuset de nouvelles inégalités sociales, concentrées à l’échelle d’un espace restreint. Avec une équipe de jeunes chercheurs associés au CREMIS[3], nous nous sommes penchés sur cette dynamique de la gentrification à Saint-Henri, dans le but de dévoiler les mécanismes à l’oeuvre et les rapports sociaux qui se nouent entre les différentes strates d’habitants. Dans un premier temps, nous nous sommes penchés sur l’histoire longue du quartier, pour mieux mettre en perspective les enjeux et les effets de cette « gentrification » accélérée.

De la colonie au village-des-tanneries (1535-1825)

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L’ouvrage Pignon sur rue des historiens Benoit et Gratton nous donne une vue d’ensemble du quartier au fil des âges, allant de ses origines jusqu’aux années 60. Nous y apprenons qu’avant l’établissement de colons pour travailler la terre, la colonie de la Nouvelle-France se développa économiquement grâce à la pelleterie. Les coureurs des bois venus chasser le castor et autres animaux convoités voyageaient essentiellement en canoé le long du fleuve Saint-Laurent. Arrivés aux abords des rapides de Lachine, ils devaient emprunter la terre ferme afin d’acheminer leurs fourrures à Ville Marie qui deviendra plus tard Montréal. À l’époque, deux chemins permettaient de faire le voyage ; le chemin du coteau Saint-Pierre, longeant le Nord du Lac aux loutres (aujourd’hui le canal Lachine) ; et le chemin Lachine, suivant la rive nord de ce bras du fleuve Saint-Laurent.

Le Village des Tanneries s’établit sur le premier chemin, permettant aux voyageurs de faire escale puisque de Lachine à Montréal, il fallait environ une journée de voyagement par route boueuse et enneigée. Déjà plusieurs colons s’établissent dans de petites fermettes. On remarque le potentiel du lieu pour l’établissement de tannerie ce qui pousse en 1685 l’intendant Jean-Talon à l’investir pour cette occupation (Héritage Montréal : 2006). En effet, c’est ce chemin que les coureurs des bois utilisaient pour acheminer leurs fourrures à la ville. Les procédés de tannerie nécessitant un important approvisionnement en eau, le lac aux Loutres ainsi que les moult petits ruisseaux desservaient bien cette nécessité. L’odeur dégagée par ces opérations demandait d’éloigner les tanneries de la ville centrale (Robert : 2014). Enfin, les fréquents incendies à Montréal poussèrent les habitants à s’y établir. Entre 1685 et 1825, on voit donc un village relais se transformer en important centre de tannages des pelleteries dont cette activité évolua de techniques artisanales à industrielles ; d’où le nom Saint-Henri-des-Tanneries.

L’industrialisation, phase 1 (1826-1875) : De village relais à municipalité industrialisée

@Fonds Adrien Dubuc, Collection Société Historique de Saint-Henri

@Fonds Adrien Dubuc, Collection Société Historique de Saint-Henri

 

Le canal Lachine ainsi que le chemin de fer viennent chambouler cette communauté tranquillement construite au fil des années. L’inauguration du canal en 1825 permet alors aux voyageurs de délaisser le chemin du coteau Saint-Pierre, accédant à Montréal bien plus rapidement par le canal et dépouillant Saint-Henri-des-Tanneries de son rôle de village relais. Néanmoins, celle-ci continue à se construire autour de la circulation. Le grand chantier du canal amène une population irlandaise fuyant la famine de leur pays d’origine, qui s’installe dans Victoriatown, aujourd’hui Griffintown. Le canal offre une force hydraulique nécessaire aux industries. On voit donc plusieurs entreprises industrielles s’installer à ses flancs d’où l’élargissement du canal en 1843-48 et en 1873-85. C’est le début de l’industrialisation du petit village.

Le petit village de tanneurs et d’agriculteurs devient la paroisse de Saint-Henri-des-Tanneries à l’heure de la Confédération, en 1867 avant de devenir une véritable municipalité en 1875. Elle est alors majoritairement canadienne française. Les premiers bâtiments importants pourvoient la collectivité de nouveaux services. C’est à cette époque que les premières églises et écoles font leur apparition. Le village perd peu à peu son allure rurale avec la construction de logements en briques bâtis par des promoteurs immobiliers (Héritage Montréal : 2006).

L’industrialisation, phase 2 : « comme dans un étau de fer » (1876-1929)

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@ Collection Société Historique de Saint-Henri et @ BANQ, Blogue Bonheur d’occasion : le reflet de la vie ouvrière d’autrefois

 

Les frontières de la municipalité de Saint-Henri sont fixées et son territoire ne changera pas jusqu’à aujourd’hui. La rue Saint-Antoine au Nord, le canal Lachine au Sud, le chemin Côte-Saint-Paul à l’ouest et l’avenu Atwater à l’est en délimiteront ses contours. L’hôtel de ville est construit en 1883 et accueillera les nouveaux services de pompier et de police.

Une deuxième phase d’industrialisation succède la première, mais cette fois de façon beaucoup plus ample et rapide. En plus des usines ferroviaires du Grand Tronc, plusieurs industries s’installent dans le secteur, attiré par ses commodités dont la Canadian Malting, la Dominion Textile, l’Imperial Tobacco, la William Sewing Machine, Redpath Sugar, Belding Corticelli, RCA Victor, etc. (High et Al. : 2017). Ces possibilités d’emplois font grossir la population du quartier passant de 6 400 à 21 000 entre 1881 et 1901 (Robert : 2014). Le Sud-Ouest de Montréal, aux abords du canal Lachine, devient la plus grande concentration industrielle du Canada durant la Première Guerre Mondiale. Pour reprendre l’expression de Benoit et Gratton, cette communauté d’ouvriers se voit « encerclée comme dans un étau de fer » où les voies ferrées, le canal et les importantes industries concentrent la population dans un espace restreint. Soumis à des conditions de travail difficiles à imaginer aujourd’hui, les ouvriers luttent au moyen de syndicat et établissent des sociétés de secours populaire et de garderies.

Il ne s’agit pas pour autant un quartier ouvrier homogène. Y cohabitent une élite locale, composée de notables et de petits commerçants situés au nord du quartier, sur la rue Saint-Antoine dans le secteur de Sainte-Cunégonde ou encore regroupée autour des quelques squares. On peut encore remarquer par l’architecture des logements les secteurs où les mieux nantis habitaient.

En 1905, Saint-Henri est annexé à Montréal. On explique cette décision par plusieurs raisons. La municipalité accuse des dettes importantes d’un montant de deux millions de dollars de l’époque, dûes au fait que celle-ci accordait des exemptions de taxes aux grandes entreprises (Héritage Montréal : 2006 et Robert : 2014). L’état de la voierie était en piteux état, les égouts débordaient fréquemment. En 1894, on peut encore voir des tramways tirés par des chevaux sur la rue Notre-Dame et, en 1905, des trottoirs en bois et un éclairage des rues au gaz sont les seuls aménagements urbains. De plus, alors que dans le reste de la ville les maisons en bois étaient interdites pour éviter les incendies, le quartier accepte ce genre de construction. Il s’agissait en fait d’un atout pour les industries qui pouvaient loger les ouvriers qu’ils employaient dans des logements à prix modique (Benoit et Gratton : 1992).

Désindustrialisation : d’un quartier ouvrier à un quartier populaire (1930-1959)

La crise économique de 1929 happe fortement ce quartier ouvrier dont l’économie repose sur les grandes industries. De nombreuses usines ferment leurs portes suite à la crise, tandis que celles qui réussissent à y survivre quittent progressivement le quartier afin de s’établir dans des complexes industriels plus modernes. On estime qu’au début des années soixante non seulement Saint-Henri, mais l’ensemble du grand Montréal était largement désindustrialisé (L’Autre Montréal : 2011).

 @ Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie

@ Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie

 

La population quitte le quartier faute de travail au nombre de 30 00 personnes entre 1951 et 1971 (Benoit et Gratton : 1992). Le chômage devient alors l’apanage de la majorité des familles. La construction du poste de pompier style Art déco de la Place Saint-Henri qui remplace l’ancien hôtel de ville, ainsi que le marché Atwater sont des legs de cette époque. Leur construction s’inscrivait dans une stratégie fréquemment utilisée à l’époque d’atténuer l’effet de la crise et du chômage par le lancement d’importants travaux publics (Robert : 2014). Le canal qui était le centre de l’activité industrielle est lentement désaffecté au profit de la circulation par de grands cargos sur le fleuve Saint-Laurent, et par le déclin de l’utilisation de l’énergie hydraulique (Héritage Montréal : 2006). Celui-ci n’est officiellement plus fonctionnel en 1973 avant de devenir un lieu à vocation socioculturel l’année suivante. Le quartier n’est soudainement déjà plus le quartier ouvrier qu’il était, même s’il reste un quartier populaire souvent considéré typiquement canadien-français tel que dépeint dans le célèbre livre de Gabrielle Roy Bonheur d’occasion (Robert : 2014).

Des grandes « rénovations urbaines » aux organisations de lutte populaire (1960- 1999)

Le quartier se trouve grandement transformé en peu de temps, le laissant dans une sorte d’inertie que l’on repère par des anciennes usines abandonnées, des terrains vacants laissés à eux-mêmes ou encore par la tranquillité soudaine de la circulation sur les chemins de fer ou sur le canal (Héritage Montréal : 2006 et Robert : 2014). Les résidents de Saint-Henri n’étaient pas encore au bout de leur peine quand l’élite politique des années soixante n’hésite pas à faire table rase du passé afin d’entreprendre de grands chantiers de modernisation de la ville.

 @ Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie

@ Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie

 

Dans la foulée d’une course au progrès, et d’une volonté de rayonner à l’international notamment dans le cadre de l’exposition universelle de Montréal de 1967 et des Jeux Olympiques de 1976, les dirigeants politiques entament de grandes « rénovations urbaines ». On pense à de monumentaux chantiers de l’époque tel que La Ronde, la Place des Arts, la tour de Radio-Canada, le Complexe Desjardins, des autoroutes aux voies de circulation rapide, etc. L’idée derrière ces projets était d’assainir la ville, d’améliorer la planification urbaine et donc, d’éradiquer les taudis. Les responsables politiques dans la veine de « l’ingénierie sociale » de l’époque documentent les habitations jugées insalubres qu’il s’agissait de « nettoyer » (L’Autre Montréal : 2011). Les photos que l’exposition Quartiers disparus du Centre d’Histoire de Montréal a exhumées des voutes montrent bien la brutale violence cachée derrière cette volonté dite « rationnelle » et « objective » de documenter systématiquement un phénomène social sur lequel on se doit d’intervenir (Bednarz, 2013).

Dans la foulée du développement des banlieues en périphérie de la ville, on conclut l’importance de construire une grande autoroute afin de desservir le centre-ville. Le tracé de l’autoroute Ville-Marie qui passera par le Sud-Ouest, nécessitera l’expropriation de 3 300 ménages et la destruction de quartiers entiers tout au long de sa construction (Bednarz : 2013). Ces nouvelles voies rapides transformeront de façon décisive le quartier Saint-Henri, augmentant l’impression d’enclave qu’il suscite. Comme si le passé se répétait, la désuétude de l’échangeur Turcot a nécessité sa rénovation et par la même occasion l’expropriation d’habitants de Saint-Henri, voilà déjà peu de temps (Mazataud : 2011).

Outre ces projets de modernisation, la Révolution Tranquille bat son plein durant ces années. Au sein de ce mouvement, certains voient dans le quartier Saint-Henri l’exemple type de l’identité canadienne française, dont le documentaire À Saint-Henri un 5 septembre d’Hubert Aquin est un bon exemple. Des groupes populaires et citoyens s’opposent aux grands chantiers modernes et surtout aux expropriations en valorisant la protection du patrimoine industriel tout en militant pour l’amélioration de la qualité de vie des habitants. On peut notamment citer à ce titre la création du Projet d’Organisation Populaire d’Information et de Regroupement (POPIR) fondé en 1969, ou encore le Regroupement pour la relance Économique et sociale du Sud-Ouest (RESO) en 1989 (Héritage Montréal : 2006 et Robert : 2014).

De nouveaux arrivants (2000-2016)

@ Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie

@ Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie

 

Depuis le milieu des années 1990, plusieurs observateurs voient un « nouveau vent souffler sur Saint-Henri » (Héritage Montréal : 2006), ou encore « une renaissance du quartier » (Robert : 2014). La patrimonialisation du canal Lachine, l’arrivée de nouvelles entreprises telles que la brasserie McAuslan, Domtex, Toiles Johnson, Studio Victor, et une foule de « créatifs » issus de « l’industrie culturelle » sont alors cités comme ajout positif dans la « vitalisation » de Saint-Henri (Tremblay et Tremblay : 2000). Dans la foulée, certains groupes de pressions voient cette métamorphose comme un moyen de « renverser le déclin économique » en favorisant « la diversité sociale » et l’« augmentation du capital social » du quartier (Geloso et Guénette : 2016).

D’autres voient plutôt dans ces transformations un processus où de nouveaux arrivants plus fortunés viennent s’installer dans le quartier pour en chasser les résidents déjà présents. L’augmentation du prix des loyers, la diminution de commerce aux produits abordables ou la polarisation des services dans le cadre d’un « entre-soi sélectif » (Donzelot : 2004) sont alors décriées comme des conséquences dramatiques. À titre d’exemple, le P.O.P.I.R. dresse une carte de la construction de nouveaux condominiums entre 2005 et 2011, comparée à une autre des logements sociaux. On y voit 2 000 unités de condos pour 147 de logements sociaux, et ce en seulement 6 ans. Dans cet intervalle, les 23 projets immobiliers de condos montrent la rapidité de la transformation du quartier.

Les habitants du quartier semblent bien divisés sur cette question : voyons-nous un clivage social émerger entre deux populations ou plutôt une « mixité sociale » (Giroud : 2015) s’établir par la cohabitation de nouveaux arrivants et d’anciens résidents ?

Conclusion

La métamorphose du quartier Saint-Henri s’inscrit ainsi au cœur de dynamiques économiques et migratoires qui se jouent désormais au niveau mondial, provoquant un mouvement de polarisation accélérée des grandes villes de part et d’autre de la planète. Par le biais de l’augmentation du prix des logements, les habitants moins aisés sont conduits à s’éloigner de leur quartier d’origine ou à survivre économiquement dans des quartiers devenus mois abordables. Comme à Saint-Henri, nombre de quartiers anciennement populaires deviennent ainsi des territoires où se concentrent de nouvelles inégalités et où se jouent de réels rapports sociaux de pouvoir économique et spatial. Cette question devient un enjeu de lutte politique, et face à ce phénomène, les mots ne sont pas neutres. « Mixité », « revitalisation », « gentrification », « exclusion » : ces mots portent en eux-mêmes différentes positions vis-à-vis de ces métamorphoses. Ceux qui les défendent y voient un idéal de « mixité » sociale et de « revitalisation » de ces quartiers, tandis que ceux qui s’y opposent dénoncent la « gentrification » forcée et l’« exclusion» des franges les plus paupérisées. Pour comprendre réellement les rapports sociaux à l’œuvre, notre enquête sociologique propose d’aller au-delà de ces dichotomies et de ces mises en opposition politiques, pour explorer les effets concrets de ce processus accéléré sur les différentes strates d’habitants et leurs modes de vie quotidiens, et les restituer dans leur multiplicité et leur complexité.

[1] Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, Société des Editions Pascal, 1945.

[2],A Saint-Henri le 5 septembre, documentaire réalisé par Hubert Aquin, 1965, visionnable sur le site de l’ONF : https://www.onf.ca/film/a_saint-henri_le_cinq_septembre/

[3] Cette équipe d’étudiants a été coordonnée par Cécile Van de Velde (CREMIS), dans le cadre de la Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie, et de l’axe « Trajectoires de vie » du CREMIS.

BIBLIOGRAPHIE

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BEDNARZ, Nicolas. Les quartiers disparus de Montréal : le secteur de l’autoroute Ville-Marie. 13 décembre 1963, 2013,  [en ligne au : http://archivesdemontreal.com/2013/10/24/les-quartiers-disparus-de-montreal-le-secteur-de-lautoroute-ville-marie-13-decembre-1963/], consulté le 28 janvier 2017.

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Cécile Van De Velde

Je suis Cécile Van de Velde, sociologue et titulaire de la Chaire de Recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie. Dans mes différentes enquêtes, plusieurs sujets me tiennent à cœur : le sort de la jeunesse, les mutations des âges de la vie, l’évolution des rapports entre générations, ou encore les différentes expériences de la solitude et de l’isolement à différents moments de la vie. Je m’intéresse à ces sujets en comparaison internationale, afin de mieux saisir les dimensions de nos parcours de vie qui convergent au delà des frontières, mais aussi ce qui les différencie, entre les sociétés, les sexes, les milieux sociaux ou les âges. Avec cette approche, je tente de répondre à une interrogation de fond : comment les politiques publiques structurent l’évolution de nos parcours de vie et leurs inégalités depuis la crise? Sur ces questions, j’ai écrit plusieurs articles, chapitres et ouvrages (vous en trouverez la liste ici), dont « Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe » (2008), et « Sociologie des âges de la vie » (2015). Je finalise actuellement une recherche sur les « colères » du XXIème siècle et leur signification sociale, en comparant notamment quatre mouvements sociaux de jeunesse, qui ont eu lieu ces dernières années à Madrid, Montréal, Santiago du Chili et Hong-Kong. Mon objectif est de mieux repérer les nouvelles tensions dans les parcours des jeunes générations depuis la crise, et j’aurai l’occasion d’y revenir au sein de ce blogue.