« Solitudes contemporaines » : Appel à articles pour la revue Sociologie et sociétés

« Solitudes contemporaines » : Appel à articles pour la revue Sociologie et sociétés

Dans nombre de travaux classiques, la solitude a été fondamentalement pensée comme une conséquence néfaste de la modernité, et associée à l’érosion des cadres intégrateurs de nos sociétés. Or, ces dernières années, plusieurs travaux sociologiques ont mis en lumière la multiplicité et la complexité des visages contemporains de la solitude : en allant au-delà des figures usuellement ciblées -grand âge ou célibat-, ils repèrent différentes formes de solitudes se logeant au cœur même des liens familiaux, professionnels ou sociaux. Ces recherches appellent à une requalification conceptuelle de la solitude, pour l’approcher comme une dimension intégrante des parcours de vie contemporains.

Capture d’écran 2017-03-08 à 16.15.56Ce numéro de Sociologie et Sociétés a pour objectif de poser les jalons d’une sociologie transversale de la solitude : en explorant un large spectre de figures contemporaines de la solitude, il vise à faire émerger leurs fondements et leurs dynamiques sociales, et à ajuster ainsi les outils conceptuels et empiriques nécessaires à leur appréhension. Les méthodes ethnographiques, statistiques, visuelles ou mixtes sont ici bienvenues. Sans proposer une catégorisation définitive, nous retenons trois axes structurants, qui renvoient à autant de fronts actuels de la recherche :

– Solitudes et inégalités sociales 

Un premier axe vise à explorer plus avant les liens entre solitudes et inégalités : les contributions pourront identifier la façon dont la solitude se déploie en fonction des milieux sociaux -des solitudes des « élites » à celles des individus précarisés ou discriminés-, mais aussi la façon dont elle met en jeu d’autres inégalités structurantes telles que le genre, la territorialité, l’âge, l’état de santé etc.

– Les temporalités de la solitude 

Un second axe a pour objectif de mieux saisir les solitudes dans leurs temporalités sociales : l’enjeu est ici de s’émanciper d’une image statique et dichotomique de la solitude pour mieux l’ancrer dans la dynamique des liens et des lieux au sein desquels elle émerge. En privilégiant les perspectives rétrospectives ou longitudinales, les contributions sont invitées à analyser la façon dont les solitudes s’inscrivent dans des moments quotidiens ou des temps sociaux, et à repérer leurs durées, leurs saillances, ainsi que leurs modes de dépassement.

– Des « solitudes numériques » ?

Un troisième axe consiste à s’interroger sur l’existence de « solitudes numériques », et à se donner les moyens empiriques de dépasser le profond clivage qui traverse actuellement les travaux, entre d’un côté ceux qui dénoncent les nouveaux médias comme sources unilatérales de solitude, et ceux qui au contraire en défendent le caractère socialisateur. En s’appuyant sur des cas ciblés, les contributions pourront identifier et situer socialement les multiples formes de relations entre solitudes et liens numériques.

Coordinatrice :

Cécile Van de Velde (U. de Montréal) : cecile.vandevelde@umontreal.ca

Calendrier

– Les propositions d’article, comportant un titre, un résumé et un plan envisagé (3,000 signes maximum, espace compris) sont attendues jusqu’au 15 mai 2017 à cette adresse : cecile.vandevelde@umontreal.ca. Les auteur-e-s des propositions retenues seront avisé-e-s avant le 5 juin 2017.

– Les articles finaux (70,000 signes max., espaces et bibliographie compris) seront remis au plus tard le 1er novembre 2017. Conformément aux pratiques de la revue, l’acceptation de l’article final dépendra des conclusions de la procédure d’évaluation par les pairs. La publication est prévue pour le premier semestre 2018.

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Cécile Van De Velde

Je suis Cécile Van de Velde, sociologue et titulaire de la Chaire de Recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie. Dans mes différentes enquêtes, plusieurs sujets me tiennent à cœur : le sort de la jeunesse, les mutations des âges de la vie, l’évolution des rapports entre générations, ou encore les différentes expériences de la solitude et de l’isolement à différents moments de la vie. Je m’intéresse à ces sujets en comparaison internationale, afin de mieux saisir les dimensions de nos parcours de vie qui convergent au delà des frontières, mais aussi ce qui les différencie, entre les sociétés, les sexes, les milieux sociaux ou les âges. Avec cette approche, je tente de répondre à une interrogation de fond : comment les politiques publiques structurent l’évolution de nos parcours de vie et leurs inégalités depuis la crise? Sur ces questions, j’ai écrit plusieurs articles, chapitres et ouvrages (vous en trouverez la liste ici), dont « Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe » (2008), et « Sociologie des âges de la vie » (2015). Je finalise actuellement une recherche sur les « colères » du XXIème siècle et leur signification sociale, en comparant notamment quatre mouvements sociaux de jeunesse, qui ont eu lieu ces dernières années à Madrid, Montréal, Santiago du Chili et Hong-Kong. Mon objectif est de mieux repérer les nouvelles tensions dans les parcours des jeunes générations depuis la crise, et j’aurai l’occasion d’y revenir au sein de ce blogue.