On The Road To Become One Of The Twelve o’clock Boys

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Photo : Les « 12 O’clock boys » Baltimore.

Les « 12 O’clock boys » sont un groupe de motards parfois qualifiés de « gang », car souvent affiliés à d’autres activités criminelles opérant dans la ville de Baltimore. Leur célébrité dans ces quartiers leur vient du renommé wheelie : position qui consiste à placer leur véhicule à l’horizontale, tenant ainsi en équilibre sur la roue arrière et pointant le ciel avec leur roue avant – à midi tapante. Chaque dimanche, environ une centaine de motards paradent dans cette position à toute allure à travers la ville de Baltimore, sans se soucier des autres sur la route ou le trottoir, sous les regards admiratifs des jeunes du quartier qui
les acclament.

2Photo : Le weele

Le long-métrage documentaire « 12 O’Clock Boys » de Nathan Lofty accompagne un jeune protagoniste d’une dizaine d’années, nommé Pug, dont la vie sera suivie pendant 3 ans. Pug grandit dans les quartiers sensibles de Baltimore, et comme la plupart des jeunes garçons de ces quartiers, il passe la majeure partie de son temps dans la rue à s’entraîner au Wheele sur son quad miniature. Il rêve de faire partie du groupe de motards et parader avec eux. Le réalisateur a choisi une période charnière de la vie du garçon, et  dans le documentaire, Pug frappe non seulement par son innocence, mais aussi par son charisme. Lors de ces trois ans passés à le filmer dans ses interactions quotidiennes, le réalisateur aura l’occasion d’échanger avec lui et d’obtenir des témoignages bruts et spontanés, reflétant les rêves et la mentalité de ces jeunes de Baltimore, ainsi que l’atmosphère dans laquelle ils sont plongés.

D’emblée, on comprend que le succès de ces parades renvoie aux liens particulièrement tendus que ces jeunes entretiennent avec la police. Ces manifestations sont perçues comme une démonstration d’immortalité et de « toute puissance » vis-à-vis des forces de l’ordre. Plus encore qu’un défilé, ce « ride » renvoie à un refus d’obéir, de respecter les lois perçues comme imposées par le pouvoir. La police est en effet très fortement rejetée dans ces quartiers, majoritairement habités par des populations afro-américaines pauvres, pouvant faire l’objet d’une forte stigmatisation ou d’une violence policière. Or, les officiers et les brigades routières ne sont pas en droit d’interpeler violemment ou de poursuivre ces motards lorsqu’ils roulent sur la voie publique suite à des interpellations trop violentes, et ce par préoccupation pour les civils et automobilistes qui pourraient être pris entre les coureurs et la police.

L’un des membres « O’clock », lors d’une discussion en face à face avec la caméra, nous expose néanmoins un point de vue différent sur cette activité et l’origine de l’engagement des jeunes en son sein : «  – Quand on se balade dans la rue le soir à Baltimore « on the corner » on peut y voir des fusillades ou des dealers », « – One of the first thing you see that you actually wanna do is ride a dirt bike, cause it’s one of the first thing you see that’s
positive ».

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Photo : Pug

Se construire en héros

Nathan Lofty a voulu insister, dans ce film, sur la relation entre le garçon et sa mère, et nous montrer ainsi la réalité quotidienne à laquelle fait face une mère seule vivant dans ces quartiers défavorisés. Elle a déjà perdu un fils suite à une maladie. Aujourd’hui, elle intervient peu dans les activités dangereuses de son fils : elle nous dit être dans l’impossibilité de gérer ou de changer les aspirations de son garçon qu’elle décrit non péjorativement comme « wild and savage ».

Comme d’autres enfants de ce quartier marqué par la forte présence de familles monoparentales, Pug n’a pas eu de modèle paternel au sens propre du terme. Il est évident que les « 12 O’clock Boys » inspirent ces jeunes gens : acclamés par la plupart, regardés et convoités par les filles du quartiers, ils deviennent des figures d’identification, marquées à la fois par la masculinité et la transgression. Ils jouent les hors-la-loi tout-puissants, sans peur du danger ou d’une quelconque répression ; ils sont « les grands frères du quartiers » au volant de bruyantes machines dont la violence résonne entre les murs de Baltimore. Les « 12 O’clock Boys » se postent ainsi en dignes représentants de la « Street culture » des villes comme Baltimore, au sein de quartiers où les riches sont absents, des quartiers laissés à l’abandon et « contenus » par la force de la police américaine.

Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi les « 12 O’clock Boys » représentent un tel modèle pour les jeunes de ces quartiers. Marqué par la culture actuelle du rap afro-américain qui inspire les principaux préceptes moraux de la vie des rues, le message est plutôt clair : « Fuck the Police ». On comprend combien, pour ces jeunes, devenir un O’Clock Boy, c’est devenir un héros. En creux, le documentaire dessine aussi un portrait sociologique de ces quartiers : on y entend ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, ces hommes en colère contre leur société et les représentants de l’ordre, et ces enfants qui placent leur espoir là où ils le peuvent.

Lien pour visionner le métrage :  https://vimeo.com/126710434

Pour citer cet article :

Louis Tramond, On the Road to Become One of the Twelve O’clock Boys », Inegalitessociales.com, Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales et les parcours de vie, février 2017.

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