Requiem for the American Dream : Le cercle vicieux de la concentration des richesses et du pouvoir

Requiem for the American Dream : Le cercle vicieux de la concentration des richesses et du pouvoir
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Debout, le rêve américain est terminé! Chômage, dette étudiante, délocalisations… Les inégalités économiques n’ont jamais été aussi criantes que depuis la crise financière de 2008. D’après le rapport Oxfam, en 2016, les 1% les plus riches de la planète détiennent plus que les 99% restants! Comment une telle concentration des ressources dans les mains d’un si petit nombre a-t-elle été possible?

Figure importante de l’activisme social américain, Noam Chomsky s’exprime dans Requiem for the American Dream, sur les mécanismes de concentration des richesses et du pouvoir. Quatre années d’interviews sont rassemblées dans ce documentaire qui permet d’apprécier la cohérence et la clarté de la pensée de Noam Chomsky. Selon l’auteur, différents principes permettent de comprendre les mécanismes de la concentration des richesses et du pouvoir.

La précarisation des travailleurs

Pour Chomsky, le rêve américain s’est effondré en partie avec la transformation de l’économie américaine. La production industrielle cède la place à une économie financiarisée. Les mouvements de capitaux et les jeux d’argent deviennent, selon l’auteur, le revenu principal des entreprises, devant la production de marchandises. Pour les employés, la financiarisation et ses conséquences (délocalisations…) entraînent une insécurité de l’emploi.

Cette insécurité s’accompagne d’une « attaque sévère », selon les mots de Chomsky, des systèmes de solidarité (santé, éducation, chômage) aux États-Unis, de moins en moins financés par l’État. Or, selon Chomsky, la privatisation profite avant tout aux plus riches qui n’ont pas d’intérêt à financer des systèmes dont ils peuvent facilement se passer. Ce qu’un ouvrier fordiste pouvait se payer dans les années 1950, une maison, une voiture bien sûr, une éducation universitaire pour ses enfants; un ouvrier d’aujourd’hui en est incapable sans s’endetter. Pour Chomsky, les travailleurs qui vivent des vies de plus en plus précaires forment une nouvelle classe sociale, le « precariat », contraction de « precarious proletariat ». L’injustice pour Chomsky ? C’est que les sociétés n’ont jamais été aussi riches que de nos jours.

Réduire la démocratie

Pourquoi ces inégalités n’entraînent-elles pas une révolte démocratique? Selon Chomsky, la passivité et la dépolitisation de la société font partie des ingrédients qui permettent la reproduction des inégalités sociales. Illustré par des images d’archives, Chomsky se remémore l’activisme américain des années 1960 qui avait conduit à une grande démocratisation de la société (droits des minorités, droits des femmes, droits LGBT…). Il explique que cette prise de conscience politique de la société américaine, surtout des plus jeunes, a suscité une peur chez les plus puissants de se voir déposséder de leur pouvoir. Au lieu de réduire les inégalités, c’est la démocratie qui pâtit. Les années 1980 marquent en ce sens un tournant dans l’économie et la politique américaines. L’augmentation des dettes, l’insécurité de l’emploi conduisent les employés à faire le dos rond pour éviter les licenciements. L’engagement politique est freiné lui aussi. Par exemple, selon Chomsky, actuellement moins de 7% des salariés du secteur privé sont syndiqués. La consommation de masse, relayée par la publicité, achève de dépolitiser les consciences en fabriquant des consommateurs mal informés qui font des choix irrationnels. L’économie de marché agit comme une idéologie en modifiant le comportement des individus. C’est ce que Chomsky appelle la « fabrique du consentement ».

Noam Chomsky mêle avec force l’aspect économique, social, politique et médiatique dans son analyse de la concentration des richesses et du pouvoir. D’une voix posée et dans mise en scène sobre et esthétique, il appelle les citoyens à se mobiliser contre la collusion des intérêts des plus riches. Ce que la génération des sixties a su faire, il faut le reproduire!

Pour en savoir plus

– Kelly Nyks, Peter D. Hutchinson, Jared P. Scott, 2015, Requiem for the American Dream, Documentaire, PF Pictures.

– Pour visionner le documentaire, rendez-vous à Cinéma sous les étoiles, mercredi 17 août 2016 à 20h30 au parc Laurier à Montréal ou sur http://requiemfortheamericandream.com/

– The Noam Chomsky website, https://chomsky.info/

Article réalisé par : Lola Mirouse

Pour citer cet article :

Lola Mirouse, « Requiem for the American Dream : Le cercle vicieux de la concentration des richesses et du pouvoir », Le blog de la Chaire de recherche sur les inégalités sociales et parcours de vie, août 2016. URL : http://inegalitessociales.com/2016/08/07/requiem-for-the-american-dream-le-cercle-vicieux-de-la-concentration-des-richesses-et-du-pouvoir/

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