Le Mois des Noirs : sortir de l’ombre pour exister !

Le Mois des Noirs : sortir de l’ombre pour exister !

Rencontre avec M Michael Farkas, président de la Table de Ronde du Mois de l’Histoire des Noirs. L’organisme fête cette année ces 25 ans d’existence, et le thème choisi pour cette année est « Lève-toi et brille ». Nous avons profité de l’occasion pour échanger avec eux sur la situation des Noirs au Québec. Ils nous reçoivent dans l’ambiance amicale de leur local du quartier de St-Martin.

 Comment situes-tu le rôle de ton organisme dans la communauté noire du Canada?

Ce mouvement est une réponse au « déni », à la non-reconnaissance des contributions des Noirs dans la communauté. C’est un mouvement qui vise à mieux faire connaître qui sont les Noirs, leurs identités et leurs contributions pour faire de l’Occident ce qu’il est présentement.

 Quelle approche revendiquez-vous?

Ce mouvement entre dans la lignée prônée par Carter G. Woodson, un pionner qui pensait que la cause des Noirs devait être mieux connue. Le but de ce mouvement en Occident, spécialement dans les pays où les Noirs sont présents, est un moyen de faire prendre conscience aux Noirs de leur identité, et d’où ils viennent.

Que penses-tu de la situation des Noirs au Québec en 2016?

Je crois fondamentalement que la problématique des Noirs en 2016 est mal comprise. On projette plutôt une image des Noirs divisés et peu engagés, notamment au niveau des jeunes. Par exemple, dans les écoles, on n’enseigne pas aux élèves l’origine des Noirs, on leur parle encore moins de leurs contributions dans la société. Les jeunes Noirs peuvent se sentir perdus, car ignorant totalement leur vraie identité et leur histoire. Au fond, la loi sur les droits et libertés n’est restée que sur le papier et on est en droit de se demander ici aussi si « Black lives matter »! Le Québec est loin de s’ajuster aux Noirs et aux communautés culturelles, il reste encore beaucoup de chose à faire pour redresser la situation. On peut penser par exemple aux nombreuses bavures policières, aux violences « systémiques », à la surreprésentation des Noirs dans les prisons, sans parler de la non-reconnaissance des diplômes pour les immigrants des pays africains entre autres.  Je ressens une forme d’apathie généralisée pour les Noirs, d’où notre motivation à rendre cette cause visible à travers l’histoire, afin de montrer aux mondes entiers les vrais visages des Noirs et ceux qu’ils sont réellement.

Mais justement comment tu définis les Noirs?

Même si je ressens le besoin de militer pour une meilleure visibilité des Noirs aux Québec,  je n’en fais pas pour autant une affaire de couleur de peau. Le plus important est d’avoir un « Black heart », un cœur ouvert. On peut être « blanc » et avoir ce « Black heart » : Mère Thérèse, Gandhi, père Benoit Lacroix, même étant blancs, en avait un. L’essentiel est de reconnaitre et de travailler à ce que les Noirs soient mieux vus dans nos sociétés.

Parle-moi un peu de ton organisme, la « Table Ronde »…

La Table Ronde veut être un organisme avant-gardiste qui n’a pas la prétention de charrier toutes les revendications des Noirs. C’est pour cela que nous travaillons en étroite collaboration avec d’autres organismes, et à travers ce réseau, nous en profitons pour réfléchir ensemble sur la place des Noirs et sur les directions à donner à nos actions. Pour avoir plus de visibilité, la Table Ronde du Mois de l’histoire des Noirs a été même invitée à l’Assemblée Nationale et suite à cela, une loi a été votée consacrant le mois de février comme mois de l’histoire des Noirs au Québec. Un mois (28 jours) semble être une très bonne affaire pour l’organisme qui ne cache pas sa satisfaction. Donc, chaque mois de février, certaines personnes sont récompensés pour leurs actions, et de multiples activités sont organisées. Nous vivons ce Mois comme un rappel, pour faire connaître à tous le vrai visage des Noirs… En bref, « paraître pour ne pas disparaître »!

As-tu d’autres initiatives en vue?

Oui, par exemple, pour les festivités marquant les 350 ans de la ville de Montréal, nous avons remarqué qu’il n’y avait rien qui faisait référence aux Noirs dans les défilés. Nous voulons maintenant nous assurer qu’il y ait au moins un char allégorique. Un comité travaille activement sur ce projet.

Et à moyen terme, quelles sont vos perspectives?

Pour mieux s’intégrer, il faut d’abord qu’on s’associe, que l’on sache qui on est et où on va, sans quoi nous sommes condamnés à errer. La prochaine étape de cette reconnaissance passe par la conquête de la jeunesse noire pour faire en sorte que la relève soit assurée. Cette tâche ne sera pas chose facile, mais je suis persuadé que nous pouvons y arriver avec le temps. En attendant, la Table Ronde se débrouille avec les moyens du bord, et nous mettons tout notre poids dans la balance afin de continuer à faire « briller » avec plus d’éclat la cause des Noirs à Montréal et au Québec, en se référant à l’Histoire.

Pour en savoir plus : http://moishistoiredesnoirs.com/

Article réalisé par : Ricardo Belfort (ri2kardo@yahoo.com)

Pour citer cet article :

Ricardo Belfort, «Le Mois des Noirs : sortir de l’ombre pour exister ! », Le blog de la Chaire de recherche sur les inégalités sociales et parcours de vie, mars 2016. URL : http://inegalitessociales.com/2016/03/21/le-mois-des-noirs-sortir-de-lombre-pour-exister/

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